Ralentir avec Brodé Serré, les bienfaits de la broderie

Publié le 1 juin 2026 à 13:12

Parfois, les meilleures thérapies sont celles qu'on peut faire à la maison ! Les recherches sont de plus en plus nombreuses à souligner les bienfaits des loisirs créatifs. Des activités comme la broderie ne font pas que remonter le moral : elles pourraient aussi aider à réduire l'anxiété, favoriser la concentration et offrir une précieuse pause dans le rythme souvent effréné du quotidien.

Une étude récente réalisée en Chine, par exemple, révèle que les personnes qui entretiennent une vision positive de leur propre créativité affichent généralement un plus grand niveau de satisfaction envers leur vie. Elles ont aussi davantage l'impression de mener une existence riche, stimulante et porteuse de sens. Il semble ainsi se créer un véritable cercle vertueux : plus nous croyons que la créativité contribue à notre bien-être, plus nous sommes enclins à créer, et plus cette démarche nourrit à son tour notre équilibre émotionnel et notre épanouissement personnel.

Intriguée par tous ces bienfaits, j'ai eu envie d'en apprendre davantage. Je suis donc allée à la rencontre de la talentueuse créatrice derrière Brodé Serré, Marianne Côté-Lecavalier, afin qu'elle me raconte ce que la broderie lui a appris au fil des ans.

Qu'est-ce qui se passe dans la tête — et dans le corps — quand on brode régulièrement?


La broderie nous force à ralentir, autant mentalement que physiquement. Dans un moment de notre histoire où la rapidité, la productivité et l'efficacité sont méga glorifiés, on ne se fait pas vraiment encourager à prendre notre temps pour faire quoi que ce soit. C'est plutôt le contraire: on a toutes des « to-do lists » impossibles à compléter, qui prennent toutes nos journées, et qui nous gardent dans un état d'alerte constant. 


Physiquement, la broderie prend du temps à faire, et tu ne peux pas vraiment te dépêcher. Chaque point différent prends un certain temps à apprendre et à exécuter. Ça arrive qu'il y ait des noeuds de fils à défaire, ou des fois, on aime juste pas ce qu'on a brodé, et on doit recommencer. Comme dans tout, il y a une courbe d'apprentissage: mais une fois qu'on a maîtrisé quelques points et techniques de base, la mémoire musculaire embarque et ca devient de moins en moins un « effort mental ». À partir de là, on peut simplement suivre un patron (ou notre imagination) et exécuter les points dans un contexte donné - dans le cas de mes kits de broderie, c'est toujours une illustration à recréer avec différents points.



Mentalement, ça crée un peu le même effet. Vu que nos mains et nos yeux sont concentrés sur un projet, ça donne moins d'espace pour la rumination et l'angoisse. Les idées peuvent passer sans qu'on s'y accroche, parce que c'est trop demandant et qu'on est déjà concentré sur autre chose. C'est vraiment un bel outil pour apprendre à lâcher prise.



 

De façon régulière, quand on combine ces deux côtés de la médaille, ça donne de vrais moments de répits. Ça peut être un 30 minutes par semaine comme ça peut être 3h par jour: je crois que ça peut être adapté à tous les modes de vie, selon les disponibilités et envies de chacun-es.


Est-ce que la broderie peut aider à réduire le stress ou l'anxiété? Si oui, comment l'expliques-tu?

Sans aucun doute! On sait maintenant qu'il existe des raisons scientifiques liées aux bienfaits des travaux manuels comme la broderie, mais en pratique, on a pas vraiment besoin de connaître toutes ces raisons pour constater l'effet que ça peut avoir sur nous. Pour ma part, ça réduit significativement les symptômes de mon anxiété, autant dans mon corps que dans ma tête.



En temps normal, j'ai un genre de dialogue interne qui ne cesse jamais. Ce n'est pas nécessairement mauvais, car c'est là que je puise mes idées et que j'apprends à me connaître, mais c'est aussi un peu de là que part mon anxiété: ce dialogue peut devenir très « intense » selon mes préoccupations du moment, au point de me faire spiraler. Quand c'est trop fort, les symptômes physiques de l'anxiété embarquent et me rendent inconfortable, et ça devient comme un gros cercle vicieux. 

C'est un peu comme essayer de faire un stationnement en parallèle, tout en laissant le volume de la radio au max: c'est difficile de se concentrer et ça fait monter le stress. Ça peut devenir très lourd de porter ce poids au quotidien, sans avoir un moyen sain de prendre des pauses. On peut s'y adapter et travailler autour de cette anxiété, mais ça complique vraiment beaucoup les choses.




Ceci étant dit, en brodant, j'ai découvert que ce dialogue ne disparaît pas, mais c'est comme si je pouvais baisser le volume au plus bas. Ça me donne de l'espace pour me concentrer sur autre chose: ce que mes mains sont en train de faire. Vu que la broderie demande beaucoup de minutie et de précision, ça prends un petit effort extra pour se concentrer sur les petits détails, comme bien viser l'endroit où piquer son aiguille afin qu'un point soit réussi. Je n'ai pas besoin de réfléchir à ces choses là, parce que ça passe surtout par mes sens: le regard, le toucher, et même l'audition (le son du fil qui glisse entre les mailles du tissu est, selon moi, relaxant en soi).




Pour moi, la broderie est comme un outil que j'ai ajouté à ma boîte à outils pour faire face au quotidien. Le projet à réaliser change d'une fois à l'autre, mais le processus m'emmène dans le même univers qui me fait du bien. C'est sécurisant de simplement savoir que ça existe et que j'ai les connaissances nécessaires pour m'y rendre.


Certaines clientes te disent-elles que la broderie a changé leur humeur ou leur quotidien? As-tu des exemples, de toi ou d'autres personnes?

Absolument. J'ai eu plusieurs dizaines de témoignages directs de ma clientèle depuis que j'ai commencé à faire mes kits de broderie. Plusieurs se sont lancé dans l'aventure par intérêt pour le résultat final, sans savoir ce que le processus allait leur emmener, et qui ont finalement trouvé beaucoup de valeur dans celui-ci.


Une grande partie de ma communauté est composée de personnes qui souffrent d'anxiété ou d'autres troubles psychologiques (ou même physiques), et plusieurs me disent que la broderie leur emmène ce répit dont je parlais un peu plus tôt. C'est très impressionnant (et gratifiant) de constater l'effet que ça a sur les autres, sachant très bien que cet effet est réel car je le vis moi-même. Je me sens plus liée aux autres de cette façon, en comprenant qu'on vit toutes et tous avec nos propres combats au quotidien et qu'on cherche des moyens de se soulager du mieux qu'on peut. 

J'ai aussi reçu des témoignages vraiment touchants de personnes, de tous les genres et tous les âges, qui ont découvert la broderie lors de périodes plus difficiles de leurs vies: perte d'emploi, maladie ou décès d'un proche, ruptures, ou même des choses plus grandes que nous comme l'état du monde. Ça englobe beaucoup de choses, mais je pense que ça vient toujours d'un désir de se réguler face aux épreuves.


Personnellement, ça me donne beaucoup d'espoir en l'humanité, parce que si la broderie (une activité si douce et souvent vue comme étant « vieillotte ») peut faire du bien à autant de personnes différentes, de tous les genres et tous les âges, c'est qu'on a clairement un besoin inné de créer avec nos mains - c'est pas réservé juste à nos grands-mamans à la retraite. Ça me démontre que même si une partie de l'humanité tend à détruire tout sur son passage, on a quand même quelque chose en nous qui nous donne envie de continuer à créer et qui nous récompense quand on le fait. Ça vire un peu woo-woo spirituel, mais c'est vraiment comme ça que je le vois.


Pourquoi penses-tu que les activités comme la broderie ont-elles un effet si apaisant sur l'esprit?

Je crois que c'est vraiment dans le fait de ralentir et de pouvoir un peu freiner notre rythme, par rapport à ce qu'on vit au quotidien, soit au travail ou à la maison. On est vraiment dans une époque où ralentir est un gros défi pour beaucoup de gens, donc les activités comme la broderie nous permettent de le faire sans nécessairement avoir à prendre des vacances pour arriver à décrocher. C'est aussi pas mal plus accessible que des vacances pour bien du monde!


Peut-on parler de la broderie comme d'une forme de pleine conscience, de méditation ou pas du tout?

La broderie peut absolument mener à un état méditatif, mais il y a certaines choses à prendre en compte.


Quand je parle de « l'univers » dans lequel la broderie me porte, je fais référence à un vrai phénomène psychologique qui s'appelle le « flow state » et qui s'apparente beaucoup à la méditation pleine conscience. C'est un état dans lequel on perd un peu la notion du temps et où les pensées circulent dans nos têtes sans qu'on ressente le besoin de s'y accrocher ou de les analyser. Dans cet état, nos corps et nos esprits n'ont pas besoin de réfléchir pour agir, ça se fait presque automatiquement. Techniquement, on peut même atteindre cet état en faisant des tâches répétitives du quotidien, comme la vaisselle, par exemple.


La différence avec la méditation, c'est que quand on médite, on ne fait généralement rien d'autre en même temps. On s'installe et on médite. C'est quelque chose qui peut paraître pratiquement impossible à faire pour les gens anxieux ou TDAH, par exemple, parce que le « volume est trop fort ». C'est là que la broderie peut nous aider à atteindre cet état, tout en gardant nos mains occupées. 

Pour atteindre le flow state, il faut choisir un projet qui est égal ou légèrement supérieur à son propre niveau de compétence en broderie. Ça prend quelque chose qui est réalisable pour soi, avec un petit challenge qui nous gardera juste assez concentré-e pour « flotter » dans cet état, sans avoir à trop réfléchir sur comment exécuter un certain point, par exemple. C'est la balance, le « sweet spot » entre la compétence et l'action.


Ça ne veut absolument pas dire qu'on devrait toujours choisir nos projets dans l'objectif d'atteindre le « flow state »: je pense que ce serait irréaliste d'imaginer qu'on peut toujours se rendre à cet état à chaque fois qu'on brode, ne serait-ce que pour la courbe d'apprentissage qui est nécéssaire dans n'importe quelle pratique. Pour ma part, il y a des jours où j'ai envie de faire des projets très simples, juste par envie de passer le temps en écoutant un film. Ça dépend de comment je me sens et de ce dont j'ai besoin!



Est-ce que broder peut aider à se déconnecter des écrans et à retrouver une forme de calme intérieur? Toi, est-ce que ça t'aide encore?

Ben oui, tellement! Vu que ça demande beaucoup d'attention visuelle, c'est difficile de regarder quelque chose en même temps (et d'être concentré). C'est sur qu'il y a des moments où je brode avec une petite série ou film en trame de fond pour me divertir si je n'ai pas envie d'être dans ma tête, mais je ne pourrais pas broder en scrollant sur Instagram par exemple. Pour moi, c'est un énorme bénéfice, vu que je suis très très connectée aux réseaux depuis que je suis très jeune (genre à 10 ans j'étais déjà sur MSN).




Ça m'aide encore à ce jour, même si c'est devenu mon emploi. Mon processus créatif évolue avec le temps, mais l'exécution de la broderie me fait toujours du bien.


Y a-t-il un sentiment de fierté ou d'accomplissement qui joue sur l'estime de soi quand on termine une pièce?

Oui, et c'est une grande partie de ce qui fait que la broderie fait autant de bien - ce n'est pas juste dans l'action de broder, mais dans l'apprentissage de la broderie. Quand on termine un projet de broderie, on se « confirme » qu'on est capable de faire quelque chose de A à Z, malgré les défis et obstacles. Même si c'est juste au niveau d'une broderie, notre système l'enregistre comme une réussite, et ça nous donne plus confiance pour les prochains défis.




J'ai déjà une cliente qui m'a partagé que l'apprentissage de la broderie, et la fierté qu'elle a ressenti en terminant son premier projet, lui a permis d'avoir encore plus confiance en elle dans d'autres sphères de sa vie. Je ne me souviens plus exactement de ce qu'elle m'avait dit, mais grâce à ce projet, elle a réussi à se lancer dans un autre projet (pas de la broderie) qu'elle avait envie de faire depuis longtemps. J'ai trouvé ça incroyablement beau, ça en dit long sur l'effet que ça peut avoir.


Est-ce que la broderie peut devenir un rituel bien-être, un moment à soi? Est-ce que tes clientes l'intègrent dans leur routine? Et toi?

Bien sûr! Pour tout ce que j'ai mentionné jusqu'ici, la broderie peut absolument être intégrée dans une routine pour avoir plus de temps pour soi.


Il y a pleins de raisons différentes de vouloir apprendre à broder, et je crois qu'il y en a pour tout le monde: certaines veulent simplement apprendre un nouveau loisir, d'autres ont des buts précis (comme broder sur des vêtements ou offrir des cadeaux). J'ai aussi des clientes qui ont déjà une pratique créative et qui veulent l'ajouter à leur boîte à outils pour combiner plusieurs formes d'art. D'autres ont moins la fibre « créative » et n'ont pas envie de créer leurs propres dessins, mais ont envie d'essayer un nouveau loisir, donc un projet déjà prêt avec un patron leur permet de se poser et de simplement suivre des instructions.

Puisque c'est aussi accessible à plusieurs personnes (en tenant compte qu'il faut avoir une certaine dextérité et de bons yeux/lunettes), je crois que c'est un loisir parfait à intégrer à son quotidien. Les possibilités sont infinies!




Ironiquement, la broderie faisait beaucoup plus partie de mon quotidien quand ce n'était pas le centre de ma carrière, hahaha. J'ai désormais des moments précis dans ma semaine où je brode, car c'est souvent pour le travail. Maintenant, quand je veux décrocher du quotidien, je me concentre surtout sur d'autres loisirs créatifs - récemment j'explore le tricot et la linogravure. La broderie fait encore partie de mes passe-temps, mais un peu moins qu'avant.

Selon toi, qu'est-ce que la broderie "répare" ou nourrit en nous, au-delà du simple loisir?

Je crois que ça nous aide surtout à connecter à un côté de notre humanité qui est très négligé (et même rejeté) dans notre monde moderne, soit celui qui veut relaxer et prendre son temps pour simplement exister, sans besoin de productivité pour autrui. De ma propre expérience et des témoignages que je reçois depuis les 5 dernières années, je pense qu'il y a quelque chose de très important qui se passe quand on ralenti et qu'on donne un peu de notre précieuse attention envers nous-même.


Pour ma part, la broderie m'a aidé sur tous ces points: ma patience, mon estime de moi, mon appréciation des détails (dans l'art et dans la nature, surtout), ma capacité à faire des choses sans me décourager devant chaque obstacle (ma résilience), et même ma connexion à moi-même et aux autres. En voyant le résultat d'une broderie, je peux voir tous les points individuels que j'ai eu à créer pour avoir une image complète, et ça me rappelle que je peut faire exactement la même chose dans ma vie. Ça m'aide à prendre du recul quand je suis trop « concentrée » sur un détail de ma vie, et je peux mieux voir tout le chemin que j'ai fait. La vie c'est comme une broderie, dans le fond!


Enfin, voudrais-tu me raconter ton expérience de la broderie. Comment tu as commencé, pourquoi tu as aimé, qu'est-ce qui te pousse à continuer, tes projets futurs, etc. 


C'est un heureux mélange de pleins d'affaires qui m'ont poussé vers la broderie! Quand j'étais enfant, je faisais déjà beaucoup de dessin, de couture à la main et de tricot. Plus tard, j'ai étudié en arts visuels au cégep, mais la broderie n'était pas enseignée parmi les formes d'art plus « classiques », comme la peinture ou la sculpture. C'est à 17 ans, quand je partais pour mon premier appartement, que je suis tombée sur de la broderie en regardant Pinterest. Je trouvais que le mélange de couture à la main & de dessin était très intéressant, parce que j'aimais déjà coudre et dessiner, donc j'ai essayé. Le processus m'a tellement plu que j'ai commencé à trouver des raisons de broder: je faisais des cadeaux à mes proches, je brodais mes vêtements, et j'ai rapidement commencé à prendre des petites commandes personnalisées pour arrondir mes fins de mois.




J'ai brodé « on & off » pendant quelques années, jusqu'en 2020. Sans surprise, la pandémie m'a donné plus de temps pour mes passes-temps, et la broderie était au top de ma liste de priorités. C'est vraiment là que j'ai commencé à broder plus quotidiennement, j'ai recommencé à prendre des commandes personnalisées, jusqu'en 2021 où j'ai donné mon premier atelier de broderie. Peu après, j'ai commencé à vendre mes petits kits de broderie, et mon entreprise à pris son envol à ce moment-là. Cette année, 5 ans plus tard, j'ai sorti mon premier livre de projets de broderie.


Ce qui me motive le plus à continuer, c'est vraiment de pouvoir partager cet art avec les autres. Pour tout ce que j'ai mentionné, j'ai réellement l'impression d'avoir trouvé une façon de contribuer au bien-être de ma communauté, tout en prenant soin de moi-même. Évidemment, j'adore broder à la base, donc ça aide!




Pour le futur, j'ai envie de me concentrer davantage sur mon processus créatif, qui se développe de jour en jour. En évoluant dans ma carrière, je me sens de plus en plus alignée avec mes valeurs, et j'ai envie de les partager dans mon art pour ajouter une dimension encore plus intéressante aux projets que j'offre à ma communauté. La dimension du bien-être en est une qui est vraiment importante pour moi, donc l'opportunité de pouvoir en parler dans cette entrevue est un bel exemple de ce que je souhaite pour le futur de Brodé Serré!

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Site : Brodé Serré